Nous relayons ici le Communiqué de soutien à Mme Tran To Nga , dont voici le lien

COMMUNIQUÉ DE SOUTIEN À TRAN TO NGA 25.01.2021

« Ce 30 juin 1968, mes camarades [de résistance] se pressent à la porte de ma cabane, une pièce unique au toit de feuilles et au sol de terre battue. Sous leurs regards attendris, je suis la plus heureuses des mamans, ma fille au creux des bras, une poupée pelotée de trois kilos. Elle ne crie pas, ne pleure pas, me fixe de ses yeux ronds d’étonnement. Nous l’appellerons Viêt Hai, la mer du Vietnam. » (Tran To Nga, Ma terre empoisonnée, Stock, 2018, p. 142-143).

Pour cette jeune et radieuse journaliste de 26 ans missionnée par la « résistance antiaméricaine » sur la « piste Ho Chi Minh » qui serpente entre le Sud-Vietnam et le Cambodge, le bonheur maternel sera de courte durée. Quelques mois plus tard, atteinte d’une cardiopathie congénitale rare et impossible à soigner dans la jungle, Viet Hai rend son dernier souffle. Elle n’a pas 18 mois. Convaincue d’être elle-même responsable de la mort de son enfant à cause de la dureté de sa vie clandestine, Tran To Nga se culpabilisera longtemps. Jusqu’à la découverte – la révélation – d’un article scientifique sur les ravages de la dioxine contenue par les défoliants dont le président Kennedy avait autorisé l’usage au Sud-Vietnam, le 30 novembre 1961, à des fins militaires de destruction du couvert végétal et des rizières : « Je n’ai su la vérité que quarante ans plus tard : elle était déjà condamnée dans mon ventre, empoisonnée par l’agent orange » [Ibid. p.154].

Aujourd’hui, 25 janvier 2021, Nga retourne au combat. Les années ont passé ; les avocats ont remplacé les GIs et les guérilleros ; l’étouffante jungle vietnamienne a cédé la place aux murs un peu froids du tribunal d’Evry. Aujourd’hui, vient de s’ouvrir une nouvelle phase du procès que Nga a intenté en 2014 contre Mosanto et une quinzaine d’autres compagnies chimiques américaines ayant produit et vendu les défoliants aux armées américaine et sud-vietnamienne pendant la guerre : celle tant attendue des plaidoiries. Du haut de ses 79 ans, Nga n’a rien perdu de sa détermination ni de sa force. Même les pires épreuves de la guerre et de l’après-guerre n’ont pu anéantir son tendre sourire et sa généreuse présence à l’autre, et encore moins ses espoirs. Car elle incarne désormais le combat de centaines de milliers de victimes vietnamiennes et étrangères de la plus grande guerre chimique de l’histoire qui, plus d’un demi-siècle après les faits, attendent encore que justice et réparation soient faites. C’est dire le caractère historique de ce procès intenté pour la première fois sur le sol français, par une Franco-Vietnamienne elle-même victime des effets de la dioxine contenue dans les défoliants chimiques – le pire poison que l’homme n’ait jamais inventé. Désormais, Nga peut compter sur le soutien, non seulement de son avocat Maître Bourdon et de ses associés, mais aussi d’une foule de personnalités et d’anonymes réunis par une même quête d’humanisme, d’écologie et de justice. C’est avec la conviction que les effets à long terme de cette tragédie devaient être approchés selon une méthode résolument scientifique, parallèlement aux indispensables initiatives humanitaires et judiciaires, que l’Association Française pour l’expertise de l’Agent orange et des Perturbateurs Endocriniens (AFAPE) a donné naissance en 2019, grâce au soutien de la MSH-Sud, à un programme de recherches interdisciplinaire sur les conséquences de la Pollution environnementale par l’AGent Orange et par les pesticides utilisés par les agriculteurs dans la Péninsule Indochinoise (PAGOPI).

Les membres de PAGOPI organisent une visioconférence en liaison avec le procès de Nga, le 28 janvier sur YouTube à 11h30, visant à dresser un premier bilan des connaissances et à faire connaître leurs recherches auprès d’un plus large public. Cette première conférence sera suivie d’un cycle de webinaires mensuel, entre février et juin 2021, puis d’une conférence internationale au second semestre 2021 ou au premier semestre 2022, en fonction de la situation sanitaire. [Lien d’accès YouTube à la conférence du 28.01 : http://www.mshsud.tv/spip.php?article1017 ; et lien vers le programme : https://www.mshsud.org/agenda/191-des-guerres-d-hier-a-l-agriculture-d-aujourd-hui?date=2021-01-28- 11-30]

Pierre JOURNOUD, secrétaire général de l’AFAPE et copilote du programme PAGOPI, au nom du bureau de l’AFAPE incluant le Pr. Charles SULTAN, président ;

Anna OWHADI-RICHARDSON, vice-présidente ; Hélène LUC, secrétaire générale adjointe ; Jacques VALLET, trésorier ; et Alain GNOCCHI-ESPERINAS, trésorier adjoint.

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