Imprimer 

Article publié dans le journal " Le Monde " dont voici un extrait

lemonde.fr

« Agent orange » : Tran To Nga, une femme en guerre contre les géants de l’agrochimie

Martine Valo
3-4 minutes

Par Martine Valo

Publié le 19 janvier 2021 à 00h50 - Mis à jour le 19 janvier 2021 à 06h23

REPORTAGE : Cette Franco-Vietnamienne au parcours d’exception poursuit devant la justice française Dow Chemical et d’autres firmes, pour avoir fourni à l’armée américaine des pesticides ultratoxiques déversés autrefois sur le Vietnam.


Des boîtes de médicaments sont dispersées sur la table basse devant le canapé. Un beau portrait de femme – sa mère – est accroché au mur à côté de la Légion d’honneur décernée en 2004 par Jacques Chirac. Côte à côte, plusieurs Bouddha et une statuette de la Vierge veillent sur le salon de Mme Tran, 78 ans. L’endroit n’a rien d’un QG de campagne. C’est pourtant d’ici, au rez-de-chaussée d’un immeuble tranquille situé dans l’Essonne, que cette grand-mère franco-vietnamienne, à l’allure frêle, livre l’ultime combat d’une vie d’une incroyable richesse.
Née en mars 1942, Tran To Nga grandit dans une Indochine qui s’oppose de plus en plus ouvertement au colonisateur français. A la demande de sa mère, très impliquée dans la lutte pour l’indépendance, l’intrépide fillette, francophone, porte bientôt des messages secrets dans son cartable d’écolière. Dans les décennies suivantes, elle s’engagera corps et âme dans la guerre au Vietnam.
« Tête de mule »
Le 5 janvier 1966, avec plus de 200 autres jeunes gens, elle s’élance à pied, à travers jungles et montagnes, sur l’interminable piste Truong Son rebaptisée piste « Ho Chi Minh », reliant sur plus de 1 000 kilomètres le nord au sud du pays. Son but : « libérer », avec ses compagnons communistes du Nord, la partie sud, dont les autorités sont soutenues par les Américains et leurs 180 000 soldats. « J’ai marché pendant quatre mois avec mon ballot “crapaud” sur le dos, assure-t-elle fièrement. J’étais toute mince alors mais en bonne forme, jamais malade, à la différence de mes camarades. » Elle vit des années dans le maquis, y accouche seule, puis elle endure la prison et la torture, enceinte à nouveau. D’autres épreuves l’attendent ensuite. Sans l’abattre. « Je suis une tête de mule. »
............................................

La suite à lire sur  le monde